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Le contrat de bail

Bail à titre gratuit : c'est un prêt à usage

7 min de lectureMis à jour le 04/08/2026

L'expression "bail à titre gratuit" est un abus de langage. Un bail suppose par définition un loyer ; prêter un logement sans contrepartie financière n'est pas un bail mais un prêt à usage, aussi appelé commodat. Il est régi par le Code civil (articles 1875 à 1891), et non par la loi du 6 juillet 1989. L'article 1875 le définit comme le contrat par lequel on livre une chose pour s'en servir, à charge de la rendre. Dès qu'un loyer, même modeste, est prévu, il faut un vrai bail.

Un "bail à titre gratuit", ça n'existe pas ?

Beaucoup de particuliers cherchent un modèle de "bail à titre gratuit" pour héberger un proche ou occuper eux-mêmes gratuitement un logement. Juridiquement, la formule est contradictoire : le bail (ou louage de choses) est par nature un contrat à titre onéreux, dans lequel le preneur verse un loyer en échange de la jouissance du bien. Sans loyer, il n'y a pas de bail.

Prêter un logement sans contrepartie financière relève d'un autre contrat : le prêt à usage, historiquement appelé commodat. L'article 1875 du Code civil le définit comme "le contrat par lequel l'une des parties livre une chose à l'autre pour s'en servir, à la charge par le preneur de la rendre après s'en être servi".

Cette distinction n'est pas qu'une question de vocabulaire. Elle détermine le régime applicable, les obligations de chacun et la manière de rédiger l'accord. Si en réalité une somme est versée en échange de l'occupation, l'article ci-dessous vous oriente vers le générateur de bail pour établir un vrai contrat de location.

Qu'est-ce que le prêt à usage (commodat) ?

Le prêt à usage est régi par les articles 1875 à 1891 du Code civil. Sa caractéristique essentielle figure à l'article 1876 : "Ce prêt est essentiellement gratuit." La gratuité n'est pas une option, c'est la nature même du contrat. Le prêteur (celui qui met le bien à disposition) reste propriétaire de la chose prêtée (article 1877).

Concrètement, un propriétaire peut mettre son logement à la disposition d'un proche pour qu'il l'occupe sans lui réclamer de loyer. L'emprunteur bénéficie de l'usage du bien mais doit en prendre soin "en bon père de famille" et le restituer dans l'état convenu. Le prêt à usage n'entre pas dans le champ de la loi du 6 juillet 1989, qui ne s'applique qu'aux locations à titre onéreux constituant la résidence principale.

Attention : la gratuité doit être réelle. Si l'occupant verse une somme présentée comme une "participation", que celle-ci correspond en fait à la contrepartie de l'occupation, le juge peut requalifier l'accord en bail. Le simple remboursement des charges réellement consommées (eau, électricité, chauffage) n'est en principe pas assimilé à un loyer, mais la frontière doit être maniée avec prudence.

Prêt à usage ou bail : quelles différences ?

Le tableau ci-dessous résume ce qui sépare un prêt à usage d'un contrat de bail. Le critère décisif est simple : y a-t-il, oui ou non, une contrepartie financière à l'occupation ? Si oui, c'est un bail, quel que soit le nom donné au document.

Prêt à usage (commodat) vs bail d'habitation

CritèrePrêt à usage (commodat)Bail d'habitation
ContrepartieAucune : essentiellement gratuit (art. 1876)Loyer versé par le locataire
Texte applicableCode civil, articles 1875 à 1891Loi du 6 juillet 1989
DuréeFixée librement ou liée à l'usage prévu3 ans (vide) ou 1 an (meublé), reconductibles
Fin du contratRestitution après l'usage ou au terme convenuCongé encadré, préavis, motifs légaux
ChargesPeuvent rester à la charge de l'occupantRéparties selon le décret sur les charges
Protection légale de l'occupantLimitée (droit commun des contrats)Forte (ordre public protecteur)
Document conseilléConvention d'occupation à titre gratuit écriteContrat de bail conforme au contrat type

Que doit prévoir un accord d'occupation à titre gratuit ?

Même s'il n'obéit pas au formalisme du bail, mieux vaut formaliser le prêt à usage par écrit. Une convention d'occupation à titre gratuit sécurise les deux parties, prouve la gratuité et fixe clairement les conditions de restitution. Elle limite les malentendus, notamment en cas de brouille familiale ou de décès du prêteur.

L'écrit gagne à préciser au minimum les points suivants.

  • L'identité du prêteur (propriétaire) et de l'emprunteur (occupant).
  • La désignation précise du logement mis à disposition.
  • Le caractère gratuit de l'occupation, mentionné expressément.
  • La durée : soit une date de fin, soit la référence à l'usage prévu.
  • La répartition des charges (qui paie l'eau, l'énergie, la taxe d'habitation résiduelle le cas échéant).
  • Les conditions d'entretien et l'obligation de restitution du bien dans son état d'origine.
  • Les modalités de fin anticipée et de préavis éventuel.

Attestation d'hébergement, preuve et fiscalité : quels points de vigilance ?

Loger un proche gratuitement conduit souvent à établir une attestation d'hébergement, document par lequel le prêteur certifie héberger l'occupant à son domicile. Elle sert au bénéficiaire pour justifier d'une adresse (démarches administratives, pièce d'identité). Elle est distincte de la convention de prêt à usage et ne vaut pas titre d'occupation. À ne pas confondre avec une attestation de loyer, qui suppose au contraire un loyer versé.

Sur le plan fiscal, l'occupation à titre gratuit a des conséquences à connaître. Le propriétaire qui ne perçoit aucun loyer ne déclare pas de revenu foncier au titre de ce logement, mais il ne peut pas non plus déduire les charges correspondantes dans les conditions du régime locatif. Du côté de l'occupant, l'hébergement gratuit peut être pris en compte dans l'appréciation de certaines aides ou prestations sociales. Ces règles évoluent : rapprochez-vous de l'administration fiscale ou d'un conseil pour votre situation précise.

La preuve est le second point de vigilance. En l'absence d'écrit, il peut être difficile de démontrer que l'occupation était bien gratuite et temporaire, et non un bail déguisé. Un écrit daté et signé, éventuellement accompagné d'un état des lieux d'entrée, protège le prêteur qui souhaitera un jour récupérer son bien.

Quand le prêt à usage n'est-il PAS adapté ?

Le prêt à usage ne convient que si l'occupation est réellement gratuite. Dès qu'il existe une contrepartie financière — un loyer, même faible, une "indemnité d'occupation" régulière, ou le paiement d'une somme excédant le simple remboursement des charges consommées —, l'accord doit prendre la forme d'un véritable contrat de location. Utiliser un "bail à titre gratuit" pour masquer un loyer expose à une requalification et à la perte des protections comme des règles fiscales propres à chaque régime.

Si vous êtes dans ce cas, établissez un bail conforme avec le générateur de bail gratuit. Vérifiez au passage les mentions obligatoires du bail et, selon le meublement du logement, choisissez entre bail vide ou meublé. Ces choix déterminent la durée, le dépôt de garantie et les diagnostics à annexer.

Enfin, si la mise en location d'un bien vous semble complexe à gérer, la gestion locative d'AD Gestion peut prendre en charge l'ensemble : rédaction du bail, état des lieux, quittances et suivi. Ses honoraires de gestion sont de 6,5 % TTC des sommes encaissées, et la mise en location est facturée 15 € HT/m².

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Questions fréquentes

Non, c'est un abus de langage. Un bail suppose un loyer. Prêter un logement sans contrepartie financière est un prêt à usage, ou commodat, régi par les articles 1875 à 1891 du Code civil, et non par la loi du 6 juillet 1989.